Cultivons-nous allègrement pour mourir lettrés !

Jeudi 5 novembre 2009
Je ne t'en ai pas encore entretenu, lecteur, et c'est bien dommage : Car figure-toi que la semaine dernière, Moumoune2000 et moi-même avons fait de la culture. Et pas n'importe quoi : Pierre Bastien suivi de Berliner Ring.

Pierre Bastien
, on connaît un peu : en vrac (et sans aucune prétention à l'exactitude)  du génial petit bricolage qui, de manière tout à fait improbable, accouche d'étranges berceuses mécaniques et profondément ludiques. (le tout visible sur grand écran, ce qui donne un peu l'impression de se balader dans un Disneyland sonore).
http://www.pierrebastien.com/

Berliner Ring, c'est nettement plus pointu (déjà que bon, Pierre Bastien, c'est pas non plus Britney Spear). Il faut bien le reconnaître, 4 types qui tritouillent des boutons sur des machines style cosmos 1999 entre 2 solos de thérémines, ben, c'est tout de même un peu aride, et, au final, ça fait un peu le même effet qu'un après-midi chez mamie.
http://www.myspace.com/berlinerring

D'où l'intérêt, parfois, surtout quand on va au LU, de se mettre sur le bord des rangées, histoire de pouvoir s'éclipser discrétement. Et, ça, Moumoune 2000 l'avait oublié...


Pour les amateurs de Thérémine, plein de vidéos sur le net!
http://www.dailymotion.com/video/xemlj_zelda-theremine_music
On peut même apprendre à en faire un !
http://www.joost.com/33dil5q/t/Systm-Make-Electricity-Sing-Build-a-Theramin

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Mardi 27 octobre 2009
Vu hier, Le ruban blanc, la grosse tarte à la crème palmée d'Haneke.
Bref, on connait ‘l’histoire’, maintenant : en 1913, un microcosme paysan voit sa rigide vie protestante et agreste bouleversée par une série d'accidents mystérieux. Enfin… bouleversée, par vraiment. Disons plutôt mise en perspective, car de mystère, il n'y a point. Pas de fantastique, ou de recherche de coupable, à peine si le lien est fait entre les différents événements.
On suit donc un certain nombre de personnages, tous chargés d'un rôle symbolique (l'homme de Dieu, le baron, son régisseur, des paysans..) et en même temps rouages à part entière de la machine de la petite société.
Les rapports dominants/dominés, les frustrations, les châtiments, l'ordre rance font ici partie de la nature des choses.

La grande force du film est le noir et blanc. Ce choix n'est pas un simplement esthétique, mais représente un véritable dispositif, tant le noir parait souligner les zones d'ombres et le blanc lumineux vouloir aveugler.
Ce qui correspond parfaitement à un film où on prend ostensiblement le parti de ne rien imposer, d’insinuer plutôt, avec un sens de la manipulation évident : l'atmosphère du film est pesante, malsaine, alors que pourtant très peu est montré ou même directement suggéré. Tout devient vecteur d’horreur potentielle, à commencer par les myriades d’enfants blonds qui semble grouiller comme de la vermine.

Grande puissance de la mise en scène.
Et grande faiblesse aussi. Car à l'instar de l'impôt, trop de sous-entendus tuent le sous-entendu. On prend rapidement acte du nauséabonde, on suit, on attend le nouveau rebondissement sordide, mais on ne marche plus vraiment. Reste le malaise, mais complètement stérile.
Ca, c’est la première impression. La mienne en tout cas.

Or, à la réflexion, il y a peut être une autre approche :

Dans ce monde rigide est d'un autre siècle, un personnage surnage : plein de bonté, naïf et droit -l'instituteur.
Tiens, d'ailleurs, c'est justement le narrateur. Celui  dont la voix éraillée de vieillard nous conte ces événements en off. Une voix qui a certainement connu toutes les horreurs du siècle. Une voix qui prévient d'ailleurs au début du film que ces événements expliquent peut être un peu ce qui s'est passé ensuite (III Reich, etc, etc....).

…Et si ce village  à la veille de la première guerre mondiale n'était qu'une reconstruction très subjective, une sorte de travail psychanalytique sur le refoulé collectif, comme une vague justification d'une génération, celle de l'instituteur ? Celle qui justement avait fait passer société paysanne et rigoriste à un monde industriel et urbain. Celle qui avait vu l’Allemagne prendre le premier rôle dans la construction de l’âge des extrêmes. Et si cet instituteur délicat, ouvert, respectueux n'était finalement qu'une projection fantasmée et largement conditionnée par le futur ?
Voila qui apporterait un éclairage nouveau et intéressant sur ce Ruban Blanc à la fausse subtilité plutôt lourde si on l’envisage sous l’angle seul de la montée du nazisme vingt ans plus tard.



Dès le début du film, ce clair-obscur, cette accumulation de mystères sans but et de signes m'a tout de suite fait penser à Gombrowicz. Même si pourtant les enjeux et le propos sont tout à fait différents. Ainsi, en rentrant, je suis tombé, dans ma bibliothèque fort bien achalandée sur « Cosmos », notamment ce passage « il faudrait penser que rien ne sera jamais exprimé pour de bon, restitué dans son devenir anonyme, que personne ne pourra jamais rendre le bredouillement de l'instant qui naît ; on se demande pourquoi, sortis du chaos, nous ne pourrons jamais être en contact avec lui : à peine avons nous regardé que l'ordre nait sous notre regard…"
Ceci me paraissait pouvoir constituer une bonne conclusion…



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Mercredi 14 octobre 2009
Vu hier au L.U., Le "colonel des zouaves" avec un acteur épatant vraiment épatant, Laurent Poitrenaux, épatant, donc, dans un rôle de mime bavard monologuant à plusieurs voix.
Quoi quoi?!.. comment ça, ça ne veut rien dire, tout ça ?... Hum... Possible... C'est juste que je ne vois pas comment parler de ce colonel des zouaves autrement que par l'oxymore maladroit et le paradoxe facile.
Je pourrais aussi dire simplement.. ben... que c'est épatant.
D'autant plus que le texte d'Olivier Cadiot, touffu et exubérant, est un gros morceau pas évident-évident à mettre en scène. Et pourtant ça marche(1).
Bref, je ne peux pas dire que je suis particulièrement inspiré : lecteur, tu es à Nantes, il n'y a rien à ton goût à la télé ce soir ou demain ?
Va donc voir ce Colonel des Zouaves. Tu jugeras par toi-même.

http://www.lelieuunique.com/theatre/fiches/fiche_t1.html

(1) chapo donc à Ludovic Lagarde...
Même si bon, après une bonne bouffe avec apéro et vin rouge au formidable resto du LU, ça demande une certaine concentration.
Hautement recommandable, ce resto du LU. Bon, original et pas cher. L'est pas belle la vie ? 

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Jeudi 1 octobre 2009
Il y a des films beaux, des films chiants, des films engagés, des films d'amour, des films d'auteur, des films d'actions, des films sentimentaux, des films d'espionnages, des films pénibles...
Puis il y a des films malins.
Un film malin, c'est quoi ? C'est un film qui sait mener par le bout du nez en exploitant un "truc' scénaristique qui lui donne tout son sel.
Des films malins, on en fait peu. Le film malin, c’est un peu le trèfle à quatre feuilles dans la prairie du film balourd. Par exemple, on peut citer comme film malin « Usual suspect » ou « Eternal Sunshine of the spotless mind »(1)  

Dans le genre, même s'il n'a rien à voir, il y a aussi "Rien de personnel", de Mathias Gokalp.
Pour faire (pas) simple -puisque les films malins ont pour particularité de ne pouvoir vraiment être résumé à moins de vouloir en savater l’intérêt auprès de son interlocuteur-, "Rien de personnel" est divisé  en trois parties correspondant chacune à trois "focales" différentes d’une même situation. De fait, chacune de ses approches dévoilera des choses passées inaperçues auparavant....
On se concentre donc ici sur un microcosme se prêtant particulièrement bien aux manipulations, puisqu’il s’agit d’un jeu "de motivation" réunissant les cadres dirigeants d'une "grande entreprise", avec toute la charge fantasmatique induite :. Ceci constitue le décor du film, mais ça n'en est pas non plus le sujet. Car on a moins ici une dénonciation du culte de la performance qu'un jeu de massacre avant tout (sadiquement) ludique, à la manière de certains romans policiers old school : si les personnages perdent pied, c'est avant tout pour mieux jouer avec le spectateur qui se comporte comme s'il était lâché dans un palais des glaces. On le prévient pourtant, on lui suggère que... On lui montre bien qu’il ne faut pas qu’il pense que… On sous-entend... Tout ça pour qu'il se prenne une glace en toute confiance.
Dommage peut-être qu'il manque un petit je-ne-sais-quoi pour que le film fonctionne à plein ; un jeu d'acteur plus sobre ? Un peu de nervosité dans la mise en scène ? Un peu plus ... de cruauté ?
Ceci dit, ça marche quand même.
Et sacrément bien.

A la clef, le film vit principalement par ce dispositif qui lui donne toute sa force et son intérêt. On admire avant tout la remarquable machine scénaristique. En cherchant bien, on peut sûrement lui trouver quelques faiblesses, mais la cohérence de l'ensemble impressionne.
C'est donc à la fois totalement bluffant, et, in fine un peu frustrant, parce qu'en sortant, ben, il n'en reste pas grand chose, à rapporter chez soi. Mais ça, c’est un peu la loi du genre…

Reste pourtant  une sacré réflexion sur la narratologie.
Et surtout, un bon film.


(1) Je reste un peu divisé pour savoir si les névrotiques  « Spider », « Existenz », « mulholland Drive » ou « Memento » voire même, dans un autre genre « Pulp Fiction » sont des films malins.
Dans le doute, on va dire que oui…

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Mardi 15 septembre 2009
Malgré une scène finale qui tombe un peu à plat, malgré des épisodes musicaux (surtout celui du rap) pas toujours heureux, malgré des coups de coude parfois un peu appuyés à un American movie fantasmé, malgré une relation maitre/esclave-père/fils un chouia didactique, malgré deux trois autres poux qu'on pourrait lui trouver sur la tête en s'armant de mauvaise foi (et en cherchant bien), on se demande après avoir vu "un prophète" quand est la dernière fois où on a vu un film aussi impeccable...
Moi, j'ai beau chercher, ça fait un bon bout de temps.

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Mercredi 2 septembre 2009
Mais avant Reims, Nancy, Metz, Strasbourg, Luxembourg ville, Bâle...(ben ouais, c'est pas très exotique, c'est comme ça !)

Paris, Gare de l'Est
gare de l'est

La Gare de l'est a rarement été synonyme d'exotisme. Surtout depuis que sa consoeur des brumes, celle du Nord, pas solidaire pour un Euro, lui a planté un couteau dans le dos en promettant tout un tas de coins à la météo certes capricieuse mais néanmoins a priori fort sympathiques : Londres, Bruxelles, Amsterdam...

Il fut un temps où Gare de l'est était surtout synonyme de destinations bien moins réjouissantes encore que les villes de l'est de la France sus-citées.
Un temps où le voyage était un aller simple.
C'était aussi le cas pour les soldats en permission à Paris, direction le front de l'est en passant par l'Allemagne, puis l'actuelle Pologne. En 1943, l'un d'eux, Andreas, prend un de ces trains (non pas à Paris, mais dans la Ruhr). Il sait déjà, confusément d'abord, avec de plus en plus de certitude au fil du récit, qu'il n'y aura pas de gare d'arrivée et que son voyage  à lui s'arrêtera entre Lemberg et Czernowitz (maintenant Lviv et Tchernivtsi en actuelle Ukraine).
Il y a des trains qu'on ne peut pas louper...
C
e train etait donc à l'heure. Ce premier roman d'Heinrich Böll, profondément marqué par la guerre, (finie depuis 2 ans seulement à sa publication), met en scène à petites touches appuyées, une humanité qui, malgré la fatalité, malgré l'horreur insondable, malgré l'absurde sanglant... malgré tout ça, n'a pas abdiqué de sa joie de vivre, dût-elle fleurir sur le pire tas d'ordure. Hédoniste à sa manière, ce "train était à l'heure"est un livre aussi court que puissant, profondément humaniste.
C'est aussi, hors de toutes considérations esthétiques/philosophiques/littéraires/religieuses/etc un de ces romans qui ne vous lâchent plus.
Enfin, moi en tout cas, ça ne m'a pas lâché. Et des fois, quand je passais à Gare de l'est, je ne pouvais pas m'empêcher d'y voir plus que le grand hall, les affiches criardes, les sales gueules banlieusardes..



Pas trouvé grand chose sur le oueb à propos de "le train était à l'heure" (ça, hors de Manaudou à poil sous la douche ou de la mome de Dati, difficile de trouver des trucs), si ce n'est ceci, pas si mal finalement :
http://www.decitre.fr/livres/Le-train-etait-a-l-heure-Der-Zug-war-punktlich.aspx/9782070386338
ou l'édition schleu de Wikipedia (mais c'est pas bien formidable..)
http://de.wikipedia.org/wiki/Der_Zug_war_p%C3%BCnktlich

Pour résumer : lecteur, précipite toi à la bibliothèque et lis !
Tiens, je le relirais bien d'ailleurs.. Si celui ou celle à qui je l'ai prété lit ceci...

Dans un genre différent, et peut être moins convaincant finalement, on peut aussi se reporter à "Portrait de groupe avec Dame" ou le "journal irlandais" (je me promets de lire un jour "l'honneur perdu de Katharina Blum"). Mais attention, tout n'est pas bon dans le Böll ! ("La grimace", par exemple, renvoyant à des problématiques datées très "RFA" période post miracle économique, est plutôt indigeste)

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Jeudi 27 août 2009
Vu hier, le nouveau Tarantino.
Tarantino fait partie de ces réalisateurs dont tous les films est un événement, comme par exemple Almodovar ou Allen.
inglorious basterdsSauf qu'a la différence de ces deux derniers, cités pas vraiment au hasard, il se remet radicalement en question à chaque fois. De manière remarquable d'ailleurs. Parce qu'il ne se "contente" pas de faire un film de "genre" avec une touche personnelle -fût elle géniale et permettant de revisiter complètement "le genre", comme l’a fait (bien sûr) Kubrick.
Non, lui, il fait toujours "un tarantino".
Mais qui n'a rien à voir avec les autres.

Dans "Inglorious Basterds" on donne dans la farce Kolossale, hyper(para)bolique, cruelle, subtile et grossière à la fois (adjectifs choisis arbitrairement tant on pourrait en appliquer des dizaines).
C'est que l'objet est difficilement qualifiable : disons en gros que c'est un peu entre les frères Coen pour le travail sur les personnages, Lubitsch (et pas seulement pour la filiation évidente de contexte avec « To be or not to be ») et Kusturica pour le foisonnement - là encore, c’est un peu arbitraire, et  on pourrait trouver des bornes bien différentes et tout aussi cohérentes.
Du point de vue du « genre », c'est à peu près tout à la fois (on doit pouvoir exclure science fiction, film érotique et animation (encore que..), mais à ces quelques exceptions près, tout le reste a le droit au minimum à son clin d'œil à un moment donné… Moins d'ailleurs le film de guerre ou historique que le western ou le burlesque....

Ce que l’on retient surtout, c’est que Tarantino sait écrire un scénario. Il a aussi des tonnes de bonnes idées. Du coup, il parvient à faire des scènes d’antologie (la scène d'ouverture, celle de la taverne). C'est peut-être un peu ça le problème : il sait qu'il est doué, il sait qu'il écrit des situations et des dialogues cultes, il veut le faire, et ça se voit parfois un peu trop (ainsi les épisodes "Basterds", du coup, sont moyennement convaincants).
Pourtant il ne recule pas devant la difficulté : le sujet est sacrément gonflé… la guerre, les juifs.. On a pu en rire, mais rarement comme ça, avec un tel décalage (1).  Gonflé aussi, le fait que le film saute allégrement entre 3 langues (américain, français, allemand (avec une note d'anglais britannique savoureuse et un intermède italien)), chacune d’elle ayant la même puissance (les allemands ne se contentent pas d’« Achtung », « Heil Hitler » et « gruppiert ».. ils font des vraies phrases qui font vrais dialogues qui sont loin d’être seulement illustratifs).


J'ai déjà écrit beaucoup plus que ce que lit l'internaute moyen, et je n'en suis pas toujours pas parvenu à évoquer vraiment le film.
C'est que je ne vois pas comment le prendre. C'est énorme, massif, volumineux, et sans prises ou poignées...Complètement inqualifiable.
Disons qu'il faut l'avoir vu pour savoir de quoi on parle. Sinon…

Un mot encore pour les acteurs. Ils sont tous formidables. Surtout les « allemands » (l'effectivement épatant Christoph Waltz, Diane Kruger, et tous les autres (les Goebbels, Hitler, le major SS et le soldat Wilhem dans l'auberge... Seul le personnage de Daniel Brühl passe un peu à côté). Par contre, je n'ai toujours pas compris l’utilité de Brad Pitt et son personnage. Quant aux basterds.....

Allez, hop, hop, hop, on finit, je ne vais pas passer ma journée là-dessus… Je pourrais d'ailleurs y passer facilement ma semaine.
Juste pour dire qu'à la sortie du cinéma, j'avais détesté le film : trop d'éléments qui se superposent, trop de références (on a l'impression d'en voir partout, même si on ne sait pas à quoi), trop d'approche jeu vidéo là dedans, trop de complexité, trop de cynisme...
Bref, trop de trop,..

Moumoune2000, par contre, a adoré, et du coup, en en parlant, avec la nuit qui porte conseil en plus.. je dois reconnaitre qu'elle m'a convaincu sur pas mal de points. Cependant, demeure cette impression que Tarantino se concentre exclusivement sur lui et s'admire un peu trop, lui, son univers, ses références, ses personnages, sa cinéphilie.. et qu'au final, tout ça fonctionne un peu en vase clos.
Bref, c'est à voir… Au risque (malgré ce qu’ont lit partout, tout à fait possible) de ne pas aimer.

Mais Putain, par contre, qu'est ce que c'est looooooooooooooong !


  (1) Dans un style différent, c’est au moins aussi gonflé dans l’approche que ‘la vie est belle » (quelles soit les critiques de forme et de fond pouvant être adressées à Benigni)


Ils en parlent mieux que moi :
http://drorlof.over-blog.com/article-35182888.html (voir aussi les commentaires)
http://www.cinema-take.com/critique/film/inglorious-basterds-de-quentin-tarantino,2,536.htm
http://www.telerama.fr/cinema/films/inglourious-basterds,389337.php


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Mercredi 26 août 2009
Vu hier au cinoche "Adieu Gary", de Nassim Amaouche.
Adieu GaryAvec tout un tas d'acteurs formidab' :
Dominique Reymond, la Rrrrrrrrrrrrradieuse Sabrina Ouazani (pour ceux qui ont vu les deux derniers Kechiche) ou Yasmine Belmadi (plus ou moins premier rôle, vraiment épatant, et n'ayant au final comme seul défaut de s'être tué dans un accident de scooter après le tournage du film), pis Jean Pierre Bacri, dans le rôle de Jean-Pierre Bacri (et là, c'est moins formidable, parce que même si le personnage Bacri est sympathique, ben.. il fait quand même un peu tache au milieu de tout ça) et, surtout -n'oublions pas le personnage principal !- : une (vieille) cité ouvrière de Teil, en Ardèche (on a souvent tendance à imaginer la désindustrialisation dans le nord, alors qu'elle vaut aussi le détour dans le sud-est).
La classe ouvrière n'en finit pas de crever et l'agonie est longue. C'est un peu la chronique de ce processus que narre en filigrane "Adieu Gary".
A Tiel, tous ceux qui ont pu partir sont partis depuis longtemps. Les autres y sont visés, paumés, sans horizon, mais pas désespérés pour autant. La vie passe sereinement. Seulement, on a dit adieu
depuis longtemps aux rêves, espoirs, ambitions comme à Gary. Orphelin de Gary, c'est un peu comme si on attendait Godot. Parce que c'est maintenant l'absurde qui domine : absurde de réparer une machine qui ne servira de toute façon plus, absurde d'être déguisé en souris pour la semaine de fromage au supermarché, absurde de vouloir retourner au bled qu'on a jamais vu, absurde de cacher ses relations amoureuses quand tout le monde est au courant, absurde finalement de rester là, d'attendre comme le font nos Vladimir et Estragon prolétaires.  

Film à l'approche impressionniste, où le dessin d'ensemble est fait à petites touches, "Adieu Gary" manque parfois un peu de souffle, ce qui est un défaut récurrent de ce type de films. Pourtant, si deux trois petites choses sont un peu ratées (on est un peu trop dans le didactique parfois) ou franchement foireuses (une seulement : l'épisode du cow-boy), "Adieu Gary" est un film "lumineux"(1), comme on dit, et qui demeure hautement recommandable.
Ils en parlent mieux que moi :
http://www.semainedelacritique.com/sites/article.php3?id_article=388

(1) Ce qui tient aussi au chouette travail photo de
Samuel Collardey, auteur l'année dernière du non moins très chouette "l'apprenti", dont nous avions causé ici et dont Votre serviteur Yoye2000 garde un souvenir ému.
Ne pas oublier enfin de citer la musique formidable du Trio Joubran

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Dimanche 12 juillet 2009
Vu hier, à La Rochelle, ville classée encore plus haut sur l'échelle de Péteux que Nantes, c'est dire, mais bien jolie tout de même, vu donc, enfin écouté surtout, au casino (yeah) "Coming Soon", un groupe de petits gars forts sympathiques et qui assuraient pas mal dans le genre American-style-vas-y que-moi-je-chante-en-anglais. Ca peut gonfler, mais le fait est est qu'ils le font vachement bien. Je ne sais pas trop où ils vont aller, mais ils mériteraient que ce soit loin (1).
http://www.myspace.com/starsoon
Ils auraient pu faire un gros carton, mais leur problème, c'est qu'ils étaient en première partie D'Eric Truffaz. C'est pas le même genre. Ni la même ambiance. Ni même la même approche.
Accompagné d'un batteur délirant (Philippe Garcia) et de Sly Johnson (Human Beat Box, chanteur de soul un peu énervante et showman impeccable, (on avait l'impression que c'était Truffaz qui l'accompagnait)), Truffaz a mis à genoux une salle qui lui était il est vrai acquise. Épatant, ce type.
http://www.eriktruffaz.com/

bref, l'est jolie la musique.

(1) A vrai, dire ils ne sortent pas complètement de nulle part, et c'est pas une super exclu' dont je parle là : Ils ont déjà fait un tas de trucs (à priori, plus ou moins la musique de "Juno", des tas de festivals et de radios, et un (second) album en septembre, etc... ).

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Mardi 7 juillet 2009
Dans la foulée de la Salamandre, j'ai pris du même Tanner, à la médiathèque, "Jonas qui aura 25 ans en l'an 2000", fait peu après ...

Autant le dire tout de suite, Ce Jonas là n'a pas la malice de l'énigmatique Salamandre et, à vrai dire, il souffre d'une volonté didactique pas toujours mise en application avec la légèreté nécessaire.
Fait d'une manière assez rigolote (Alain Tanner et John Berger* ont construit les personnages (8**) autour de photos des acteurs déjà choisis) Jonas... est presque "un film à sketch" autour des grandes questions secouant la conscience des années 70. En fait, chacun des personnages représente à sa manière une illusion ou une posture de l'époque. Du point de vue cinématographique, ceci a surtout pour défaut de ne pas leur laisser beaucoup d'espace pour évoluer et devenir véritablement intéressants. Quant à l'intrigue, plombée par ce cahier des charges très personacentrique***, elle déploie beaucoup d'énergie pour ne décoller que très modestement et sur de très faibles distances, à la manière de ces merveilleux fous volants.
Vu sous cet angle, le film est donc globalement raté.

Mais finalement, ça n'est peut-être pas ça ce qui est important ici.

Si on regarde en faisant abstraction du décorum post-68, on se rend compte les problématiques n'ont (tristement, mais sans surprise) pas changé : environnement, consumériste, chômage, aliénation, difficulté à développer un esprit critique..
La seule différence, c'est qu'à l'époque, on s'autorisait l'utopie....

A voir donc, ne serait-ce que pour ça, en plus de l'humour et de la tendresse de Tanner. Car même si les personnages sont moins incarnés que dans la Salamandre, ils n'en sont pas moins profondément attachants.


* Sur John Berger, critique d'art, romancier (paru en 2009 de A à X) et tête de cochon engagée notoire, voir par exemple :
http://www.peripheries.net/article194.html
http://www.telerama.fr/livre/john-berger-un-livre-c-est-un-silence-qui-demande-a-etre-rempli,38872.php
"Ce n'est pas la première fois qu'elle me chante cette chanson. Elle la chante presque tous les jours, et elle m'a parlé cent fois de Janáček. Les histoires répétées cent fois et plus se mettent immanquablement à ressembler à des meubles. Et comme les gens d'ici manquent de mobilier, ils se racontent sans fin les mêmes histoires"
 John Berger, "King"
** Miou-Miou, Jacques Denis, Dominique Labourier,Roger Jendly, Myriam Boyer, Rufus, Myriam Mézières, Jean-Luc Bideau
*** je viens de l'inventer, celui-là. Centré sur les personnages. Si quelqu'un a un terme plus adéquat...

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