Main basse sur la ville

Publié le par yoye2000

 

Dès les premiers plans, "Main basse sur la ville" prend à contrepied. On est à Naples, mais point de baie, de draps aux balcons, de pizza, et encore moins plus tard de mafia tentaculaire.
Le Naples du générique, vu du ciel, rectiligne, sans limite, moderne, comme moderne voulait dire quelque chose dans les années 60, a des petits airs de Manhattan. Le noir et blanc, les plans... on est en Amérique.

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Et puis non, parce qu'en retrouvant la terre ferme, on a l'impression d'un film muet, impressionniste. Allemand peut-être. C’est en tout cas l’impression que donne une première séquence posant faussement la toile de fond, quand, à la manière du mal que sème Méphisto dans les films de cette époque, la cupidité immobilière s’étend sur la ville, suivi d’une autre plus longue, symbolique presque, comme muette, pour poser le nœud dramatique (l'effondrement d'une maison vétuste sur ses habitants suite aux travaux effectués dans le voisinage).

Le film s'affranchit ensuite des références, tout en lorgnant évidemment quand même encore un peu du côté d'Hollywood.

D'ailleurs, il s'affranchit de beaucoup de choses, en premier lieu de ses personnages, qui n'ont aucune existence (fonction?) que celle liée à l'intrigue. Pas de vie personnelle, pas de conflit. Ce sont plus au fond des allégories que des personnages... Le corrupteur, le juste, l'ambitieux... Bien sûr on devine (sait?) la complexité (la duplicité ?) : Le juste n'est il pas qu'un autre politique ? Le corrupteur -tout comme l'ambitieux- ne sont ils pas les produits du système? 

Ce manque de relief des protagonistes sert pleinement ce que le film veut montrer : au delà les combats politique (à l'époque, c'était simple : les justes à gauche, les tenants de statu quo et du compromis à droite), le vrai sujet est ici la description due cycle de corruption qui ronge tout. Les tentatives pour la combattre, malgré les bonnes volontés et les principes, s'évaporent pour ne rester que de vagues velléités.

Il reste néanmoins une comédie humaine anonyme, à une période où celle-ci prenait un tour nouveau. La société de consommation devient la norme. Le confort et la prospérité justifient tout. L'accident et ses victimes sont vite oubliés. Le grand ensemble tout confort est inauguré.

Il deviendra probablement plus tard un taudis plus inhumain que ce qu'il prétendait remplacer.

Main basse sur la ville (Le Mani sulla città), un (grand) film éthologiquement politique de Francesco Rossi.

 

 

Publié dans Les Murs ont la parole

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