Bon, au moins, je sais dire "joncs" en polonais

Publié le par yoye2000

Les vieux cinéastes sont-ils forcément chiants ?
Où est-ce les cinéastes chiants qui vivent longtemps ?
On pense à De Oliveira, Angelopoulos (pas si vieux que ça), Rohmer (mort, donc bon ça ne compte plus) ou Renais, qui à vrai dire, est loin d'être chiant.
Ce petit échantillonnage n’est pas très probant. Il ne permet  pas en tout cas d'énoncer une règle claire.
Néanmoins, je n’ai pas pu m’empêcher de me  poser cette question hier, en sortant de « Tatarak », le nouveau film d’Andrzej Wajda.
Il faut bien le reconnaitre, le fait d'aller voir ce (moyennement) fameux Tatarak était le fruit de laborieux compromis entre Moumoune2000 et moi, dans un contexte où l’offre de films devrait raisonnablement inciter à rester chez soi, si ce n’est l’injonction de sortir créée par l’absence de Gniard2000 (c’est chouette, les vacances).
Bref…
C'est pas pour raconter ma vie….
Encore que bon, je me demande si ça ne serait pas plus enrichissant que, donc, Tatarak (par contre j'aime beaucoup le son du mot, qui enrichit mes dix mots de polonais d'un nouveau sortant des civilités habituelles de touriste, puisqu'il signifie « joncs ». On ne donne pas dans le polonais usuel, j'en conviens..)

C'est que Wajda n'y va pas avec le dos de la cuillère : Située dans la Pologne provinciale des années 50 (ça, ça peut faire peur, mais ça va)  son intrigue est tissée de mort : mort prochaine de la protagoniste malade sans le savoir encore, mort de ses fils pendant l'insurrection de Varsovie, mort du jeune ouvrier dont elle s'entiche d'un amour maternassionnel.
Déjà, ça fait beaucoup de cadavres pour un seul film qui n'appartenant pas à la série des Rambo.

Mais ce n'est pas tout !
Il y a un film dans le film. Ou plutôt, c'est le film qui est dans un film. Voire même, si on veut chippoter. le film est dans un dispositif dramatique plus large.
-Lecteur, si tu est arrivé jusque là, accroche toi, ça ne va pas être simple-
Car le récit est entrecoupé de plusieurs monologues de l'actrice (Krystyna Janda). Elle cesse alors de jouer. Dans le film, en tout cas : 'est la femme et non le personnage, qui parle alors et évoque, dans un décor à la Hopper et en ne mollissant pas sur la théatralisation, la mort -réelle- de son mari, survenue quelques mois avant le tournage. Les deux niveaux de narration se rejoignent quand la scène de noyade de l'ouvrier  (ouais bon, je dis la fin, mais là, tout le monde s'en fout)  rouvre la blessure de son deuil récent. L'actrice prend alors véritablement le pas sur le personnage ; elle quitte le plateau bouleversée...

En bref, la grosse grosse dose de pathos.
Et ça pourrait passer, être émouvant peut-être, même si les choses sont rendues... au mieux pesantes par le fait que Krystyna Janda joue (avec) son propre deuil..
Le problème, c'est que tout ça se rajoute au mécanisme profondément mélo de l’intrigue du film (celui qui est dans le film ) et au manque de subtilité (volontaire (?)) de la mise en scène et du jeu.

Et au final, non seulement on n'est pas touché, mais en plus, on se dit qu'on ne va pas en retenir grand chose, à part peut être savoir dire "joncs", en polonais...
...en se demandant bien comment on va pouvoir le replacer.


Tatarak, un gloubiboulga polonais d'Andrjej Wajda, où se mêlent deuil, douleur (plein, plein), mise en abyme, réflexion sur la réalité et sa restitution, considérations sur l’art dramatique… le tout avec de jolies images derrière .

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